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La bataille perdue des terres rares

Les USA maitrisent le monde par les muscles. La Chine veut s’imposer par le sang. Celui qui coule dans les veines de la technologie et de l’Economie : les terres rares.

Ces 17 éléments cruciaux pour l’énergie solaire et éolienne, les batteries, les 7 milliards de smartphones, les équipements de télécommunication, l’automobile, la médecine jouent également un rôle décisif dans l’industrie militaire, de l’électronique jusqu’aux missiles ou pour renforcer l’acier des blindages.

 

L’importance des terres-rares s’est relevée dès les années 60. L’Euronium a permis l’émergence des télévisions couleurs.

Dès lors, le génie chinois a été d’identifier ce potentiel et de rendre le monde occidental dépendant. Les livres d’histoire prendront en exemple la construction, de toute pièce, de l’un des plus puissants et impressionnants monopole mondial.

 

Extraction et Pollution

Les terres rares ne sont pas aussi rares que leur nom. Le Thilium ou le Letetium sont 200 fois plus abondants que l’or mais il est impossible de les trouver dans des concentrations qui permettent une extraction financièrement rentable.

De plus, le processus génère des pollutions importantes. Le gouvernement malaisien vient récemment d’insister pour que l’australien Lynas Corp, traite les 450'000 tonnes d’eau radioactives de son gisement de Kuantan.

 

Pékin a patiemment construit son monopole

De son côté, pour maintenir sa compétitivité, la Chine ne s’embarrasse pas de détails environnementaux. En quelques décennies, elle a construit et subventionné son monopole en s’imposant sur toute la chaine de valeur de l’extraction, au traitement et aujourd’hui avec les produits finaux.

Alors que son territoire ne possède que 36% des réserves mondiales, ses achats stratégiques d’actifs en Afrique, en Australie et sur tout le continent américain, font grimper ce chiffre à 80%.

En maintenant les prix artificiellement et suffisamment bas, Pékin détruit toute concurrence.

La mine de Mountain Pass en Californie, est un cas d’école. Dans les années 2010, Pékin a fait grimper les prix. Il n’en fallait pas plus pour convaincre les investisseurs américains d’investir 1,4 milliards $ pour produire 4% des besoins mondiaux en terres rares. Dès son ouverture, les marchés ont magiquement chuté. En quelques mois, la faillite de la mine fut actée. En 2017, les repreneurs ont racheté le gisement pour 20,5 millions. L’audace est telle, que l’un des nouveaux actionnaires est la holding chinoise Shenghe Resources.

Le signal est fort et raisonne. Sans l’accord de Pékin, un investissement occidental dans une nouvelle mine relève d’un suicide financier.

Le bras de fer des tarifs douaniers, initié par Donald Trump, a mis sous les projecteurs la stratégie chinoise même si ses dirigeants auraient certainement voulu garder ce secret de polichinelle encore plus longtemps. Mais l’avance est telle que les jeux sont faits. Il n’aura fallu qu’une visite du Président Xi Jinping dans une obscure entreprise minière pour confirmer que le piège s’est refermé.

 

Sortir de cette tenaille

Il faut remonter à l’époque des colonisations pour observer l’accaparation mondiale d’une matière première à des fins stratégiques ou financières. Dans un monde hyper connecté ou l’information circule à la minute, il faut relever la prouesse chinoise.

Pour sortir de cette tenaille, une coalition de pays pourrait se regrouper afin de subventionner l’extraction et garantir des prix et une production stables. Dans un vent de panique, l’administration Trump tente cette option. Elle suggère au Canada et à l’Australie de s’unir pour développer des mines et d’intéresser d’éventuels investisseurs.

Une autre voie propose de se focaliser sur les produits finaux et de permette le recyclage et la réutilisation complète des minerais. Certaines entreprises font le pari de s’en passer totalement en trouvant de nouvelles matières plus « open source ».

Pour l’instant, ces horizons sont trop lointains et seule une collaboration avec Xi Jinping est sur la table. L’Europe a déjà marchandé son leadership et ses emplois dans le domaine des énergies renouvelables. Aujourd’hui l’industrie automobile, via les voitures électriques, s’exile en Chine.

Malgré toutes les alarmes, la passivité font payer cash ces erreurs stratégiques. Ironiquement, en Occident, les stratèges et visionnaires politiques semblent être encore plus rares que les terres.

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